Le Parlement hongrois a élu Péter Fejes au poste de procureur général mardi, alors que le gouvernement du Premier ministre Péter Magyar cherche à faire rendre des comptes pour des faits présumés de corruption impliquant l’ancien Premier ministre Viktor Orbán et des personnes de son entourage. Fejes, âgé de 65 ans, a obtenu 139 voix pour et six contre lors d’un scrutin secret. Le parti Fidesz d’Orbán et son allié, le KDNP, ont boycotté le vote. Fejes a prêté serment pour un mandat de neuf ans.

Cette nomination intervient alors que la confiance dans le parquet hongrois s’est érodée après les 16 années de pouvoir d’Orbán. Ses détracteurs ont accusé cette institution fortement centralisée d’avoir protégé l’entourage proche de l’ancien Premier ministre de tout examen. Fejes a déclaré au média conservateur Valasz Online qu’il ferait de la compétence professionnelle, de la rapidité et de l’indépendance politique ses priorités, et qu’il était prêt à rouvrir des affaires classées. Au Parlement, il s’est excusé pour des décisions récentes du parquet ou son inaction, qui, a-t-il dit, avaient, de manière compréhensible, heurté le sens de la justice du public.

Le précédent procureur général, Gabor Balint Nagy, a démissionné en juillet sous la pression de Magyar et dans le contexte de la controverse entourant l’affaire dite du « convoi d’or » ukrainien. En mars, les autorités hongroises ont intercepté des véhicules blindés appartenant à Oschadbank, la banque publique ukrainienne, alors qu’ils traversaient la Hongrie. Sept employés de la banque ont été placés en détention, et des millions de dollars et d’euros, ainsi que des lingots d’or, ont été saisis. L’affaire a ensuite été classée sans inculpation ; les personnes détenues ont été libérées et l’argent et l’or saisis ont été restitués. Une enquête est toujours en cours. Le procureur chargé de l’affaire, Pal Furcht, a démissionné en juin après avoir déclaré que des éléments indiquaient une implication directe d’Orbán.

Un candidat précédent au poste de procureur général a été écarté le mois dernier, après l’apparition de soupçons concernant son frère dans le cadre de l’affaire du convoi. Par ailleurs, d’autres enquêtes visant des personnalités de l’ancien gouvernement sont en cours. Gyorgy Matolcsy, ministre de l’Économie de 2010 à 2013, puis gouverneur de la banque centrale, a été arrêté le mois dernier, soupçonné de fraude économique grave. Un mandat d’arrêt international a également été émis contre son fils, Adam Matolcsy. Deux autres anciens ministres sont en détention depuis septembre. L’ancien ministre de la Culture Balazs Hanko est accusé d’avoir détourné plus de 40 millions d’euros de fonds publics au profit de la campagne électorale d’Orbán.

Orbán, qui a dirigé la Hongrie de 2010 à 2026, a qualifié ces procédures de politiquement motivées et destinées à le viser et à détruire son parti. Anna Unger, à la tête de la nouvelle agence anticorruption NVVH, a averti que toute condamnation pourrait prendre des années. Un site web gouvernemental recense plus de 60 affaires transmises aux enquêteurs, portant sur des milliards d’euros d’argent public.

Sources: Le Monde International.