Des travailleuses du sexe de toute l’Argentine ont manifesté et cessé le travail mardi 3 novembre, réclamant davantage de sécurité et la fin des conditions de travail clandestines. L’action a été organisée par Ammar, l’Association argentine des femmes travailleuses du sexe, après cinq féminicides ce semestre, dont quatre le mois dernier.

Parmi les victimes figurait Tatiana Fernández, 27 ans, dont le corps a été retrouvé dans un appartement du quartier de Retiro, à Buenos Aires, le 25 octobre. La police a ensuite arrêté Renato Iván Tabella, 28 ans, qui faisait également l’objet d’une enquête en lien avec le meurtre de Daniela Villalba, 29 ans, à Córdoba. Les deux femmes étaient travailleuses du sexe.

Deux autres femmes ont été tuées à Rosario : Débora Bordón, 30 ans, poignardée à mort en août, et Bárbara Camila Aragón, dont le corps a été retrouvé dans une pension le 11 octobre. Dans les deux affaires, des hommes identifiés comme des clients ont été arrêtés. Le 8 octobre, Paola Vallejos, 36 ans, a été retrouvée morte dans la ville côtière de Costa Azul.

« Nous voulons rendre visibles les conditions précaires dans lesquelles nous exerçons notre travail », a déclaré Georgina Orellano, secrétaire nationale d’Ammar, à Radio con Vos. « Nous réclamons aussi la reconnaissance du fait que la vie des travailleuses du sexe compte. »

Les organisatrices ont appelé les femmes à ne pas travailler mardi. Le travail du sexe n’étant pas réglementé, le nombre de participantes est inconnu. Dans certaines régions du pays, des femmes ont participé à des actions en ligne, interrompant temporairement leur activité sur des sites Web ou publiant des messages et des hashtags.

Un symbole des manifestations qui circule sur les réseaux sociaux représente un escarpin accompagné du slogan « Ni Una Menos » (« Pas une de moins »), associé aux manifestations contre les féminicides en Argentine depuis 2015. Certaines versions ont adapté la formule en « Ni Una Puta Menos » ou « Ni Una Trabajadora Sexual Menos ». D’autres militantes se sont rassemblées devant le Congrès, à Buenos Aires, avec des pancartes et des mégaphones, pour réclamer de meilleures protections juridiques.

La prostitution individuelle n’est pas un crime en Argentine, mais le proxénétisme et l’organisation du travail du sexe sont illégaux. Par conséquent, les travailleuses du sexe ne bénéficient ni d’une réglementation du travail ni d’avantages tels que les pensions et l’assurance chômage. Selon Ammar, cette situation expose davantage les femmes au danger, notamment en les poussant à accepter des activités mieux rémunérées mais risquées, comme se rendre au domicile d’hommes qu’elles ne connaissent pas. Trois des femmes tuées ces derniers mois sont mortes lors de rencontres avec des clients.

L’association affirme également que les travailleuses du sexe sont fréquemment visées par les interventions policières. En 2020, elle a organisé des manifestations à Buenos Aires contre la fermeture de motels et réclamé la fin des descentes de police sur les lieux de travail du sexe.

Depuis le 23 septembre, la Chambre des députés argentine examine un projet de loi visant à interdire à l’échelle nationale les établissements impliqués dans « l’exploitation sexuelle ». Cette proposition a relancé le débat entre les groupes abolitionnistes, qui considèrent toute prostitution comme une forme de violence, et des organisations comme Ammar, qui soutiennent la réglementation du travail du sexe en tant que profession afin de protéger celles qui l’exercent.

Sources: Folha Mundo.