Duarte Lima, ancien député et avocat portugais, doit être jugé au Portugal le 5 novembre pour l'homicide, en 2009, de Rosalina Ribeiro, ancienne compagne âgée de 74 ans du riche homme d'affaires Lúcio Tomé Feteira. L'affaire a été transférée du Brésil au Portugal à la fin de 2020 parce que Lima, de nationalité portugaise, ne pouvait pas être extradé pour purger une peine là-bas ; après six ans et plusieurs reports, le procès doit commencer.
Le corps de Ribeiro a été retrouvé le 8 décembre 2009 sur le bas-côté de la route RJ-118, à Saquarema, dans l'État brésilien de Rio de Janeiro. Elle était face contre terre, la tête dans une flaque d'eau. La police a noté qu'elle portait des bijoux et une montre suisse Certina, ce qui rendait le vol un mobile peu probable. Elle vivait une partie du temps dans un appartement à Flamengo, à Rio de Janeiro, et devait rencontrer Lima, son avocat portugais, la veille au soir.
Quand des amis n'ont pas pu la joindre, l'une d'elles, Rosemary Spínola, s'est rendue à l'appartement et l'a trouvé en ordre ; des portiers ont déclaré qu'ils n'avaient pas vu Ribeiro revenir. Des images de vidéosurveillance l'ont montrée quittant l'immeuble vers 20 h 00 le 7 décembre, portant une chemise cartonnée. Son avocat brésilien, Normando Marques, a officiellement signalé sa disparition le 10 décembre.
Dans un fax envoyé à la police le 12 décembre, Lima a déclaré qu'il avait atterri à Belo Horizonte et avait rencontré Ribeiro pendant environ 30 minutes pour discuter d'affaires en cours au Portugal et au Brésil. Il a dit qu'elle avait organisé la rencontre et que, plus tard, il avait proposé de la conduire à Maricá, à plus d'une heure du secteur de Flamengo, où il l'avait laissée avec une femme blonde inconnue nommée Gisele, âgée entre 45 et 50 ans, qui portait des lunettes à monture foncée et dont on disait qu'elle souhaitait acheter une partie de l'héritage. Lima a invoqué le secret professionnel et a déclaré qu'il ne donnerait pas de détails sur leur conversation. Lorsque Marques l'avait joint plus tôt par téléphone, Lima avait dit qu'il se trouvait à Hong Kong et avait confirmé la rencontre, mais avait précisé qu'ils n'avaient pas dîné ensemble.
Les enquêteurs brésiliens se sont concentrés sur Lima après les funérailles, lorsqu'ils ont entendu les noms de Lima et d'Olímpia Tomé Feteira, la fille de l'ancien compagnon de Ribeiro, avec qui Ribeiro avait un long conflit. Olímpia s'est ensuite rendue à Rio de Janeiro en mai 2010, a apporté des documents et des reçus de paiements à une agence de détectives à Lisbonne, et a déclaré à la police qu'elle avait pensé que Ribeiro avait pu simuler sa mort. L'enquête a trouvé moins de soupçons pesant sur elle que sur Lima.
La police a tenté d'interroger Lima et, après des demandes répétées, a obtenu un entretien téléphonique d'une heure le 22 janvier 2010. Sa version selon laquelle il avait pris Ribeiro dans le pâté de maisons où elle vivait a été contredite par des images que la police avait recueillies ; il s'est irrité des questions et a déclaré qu'il ne se souvenait pas où il avait loué une voiture. Il n'a jamais répondu aux demandes ultérieures, notamment à celle de savoir s'il avait autorisé la levée du secret professionnel.
Comme Lima n'avait pas utilisé son numéro de téléphone personnel pendant ces jours au Brésil, la police a examiné tous les numéros ayant appelé Ribeiro dans les heures et les jours précédant le meurtre. Elle a trouvé trois numéros — deux cartes prépayées portugaises et un abonnement suisse — dont elle a conclu qu'ils n'avaient pu être utilisés que par Lima. Les numéros avaient appelé des personnes de son entourage, notamment Ribeiro, son amie Marlete Oliveira et le chauffeur qui le conduisait habituellement au Brésil, et des appels avaient été passés depuis des lieux où Lima s'était trouvé, comme son hôtel et l'Avenida do Flamengo, quelques minutes avant que Ribeiro ne descende pour le rencontrer.
Des relevés radar ont conduit la police à une Ford Focus argentée immatriculée au Minas Gerais, HCF-1967, provenant de l'agence de location que Lima avait utilisée. Le véhicule a été verbalisé à 21 h 38 le 7 décembre sur la RJ-106, à l'entrée de Maricá, en direction de Saquarema, puis de nouveau à 22 h 37 au même endroit, en sens inverse. Les enquêteurs ont déclaré que le minutage rendait plausible que la voiture ait été sur les lieux de l'homicide, et que si Lima s'était réellement rendu à Maricá, l'amende du retour n'aurait été émise que quelques minutes plus tard. L'agence de location lui a également facturé un jeu de tapis de sol parce que la voiture avait été rendue sans ses tapis d'origine, ainsi que des amendes, dont une à la veille de la découverte, près de l'endroit où le corps a été retrouvé.
Les enquêteurs ont également constaté qu'un appel avait été passé depuis la chambre d'hôtel de Lima à Belo Horizonte, avant le voyage à Rio, vers un commerce identifié comme Pantanal Caça, Pesca e Camping, un représentant officiel du fabricant d'armes à feu Taurus. En octobre 2011, les procureurs brésiliens ont inculpé Lima. La procureure Gabriela de Aguillar Lima a allégué qu'il avait tué Ribeiro parce qu'elle refusait de signer une déclaration affirmant qu'il n'avait reçu aucun argent transféré par elle, et elle l'a décrit comme capable de tuer quiconque ne satisfaisait pas ses souhaits personnels et ses intérêts financiers. Un juge à Saquarema lui a ordonné de comparaître en procès.
La justice brésilienne a ensuite conclu que, pour éviter l'impunité, l'affaire devait être envoyée au Portugal parce que Lima ne pourrait jamais être extradé pour purger une peine en tant que national. La procédure a été transférée à la fin de 2020. Lima nie avoir été la dernière personne à avoir vu Ribeiro en vie et affirme l'avoir laissée avec Gisele ; sa version ne correspond pas aux premiers éléments de preuve recueillis par les autorités brésiliennes. Son procès doit désormais commencer le 5 novembre.
Sources: Observador.