Les entreprises en Espagne réduisent leur recours au train à grande vitesse entre Barcelone et Madrid, remplaçant certains déplacements par des réunions en ligne, l’avion ou la route, selon un récit de la détérioration du service AVE. Ce changement touche une liaison devenue routinière pour les déplacements professionnels et qui reliait de grands centres économiques.

Javier Cottet, président de Cottet Óptica, a déclaré avoir utilisé intensivement l’AVE pendant des années pour visiter ses sept magasins à Madrid et rentrer à Barcelone le jour même. Il a désormais cessé. Cottet attribue ce changement à des retards répétés, à des incidents et à un temps de trajet plus long, affirmant que dès lors que le voyage dure plus de deux heures et demie, un aller-retour dans la journée ne vaut plus la peine et que les voyageurs ne peuvent pas être sûrs d’arriver à l’heure. Il essaie de remplacer les déplacements par des réunions virtuelles lorsque c’est possible, tout en indiquant que certains trajets sont inévitables, et il se rend à Madrid moins souvent qu’il ne le ferait si le réseau fonctionnait mieux.

La grande vitesse avait fait des déplacements entre Madrid et Barcelone, Séville et Málaga une habitude pour de nombreuses entreprises et rapproché les principaux centres économiques espagnols. La crise de l’AVE menace désormais cette façon de travailler. La tragédie d’Urda, comme l’appelle le récit, a amplifié une crise de la mobilité qui pesait déjà avant l’accident et devrait marquer un tournant pour les infrastructures.

La détérioration a commencé en 2025 et s’est intensifiée après l’accident d’Adamuz en janvier, selon le récit. Depuis, le train à grande vitesse a perdu des passagers tandis que l’aviation en a gagné après des années de baisse de part. La navette aérienne Barcelone-Madrid a transporté 4,2 % de passagers en plus au cours des neuf premiers mois de l’année, et les vols entre Madrid et Séville et Málaga ont augmenté de plus de 20 %.

Un fondateur de l’une des grandes entreprises technologiques de Barcelone a déclaré qu’avant la crise, 90 % des déplacements se faisaient en AVE et 10 % en avion ; désormais, la répartition est de 50-50. Une autre multinationale du secteur basée à Madrid a indiqué avoir annulé un déplacement d’entreprise en grande vitesse prévu cette semaine et utiliserait plutôt l’avion.

Les compagnies aériennes ont répondu à la hausse de la demande. Vueling a rétabli de façon permanente la liaison Barcelone-Madrid en octobre et ajouté plus de 2 800 sièges à ses connexions Barcelone-Séville et Barcelone-Málaga. Iberia et Air Europa ont augmenté leur capacité depuis Madrid vers le sud de l’Espagne, tandis que Ryanair et Volotea ont commencé à exploiter ces liaisons pour la première fois, initialement à titre exceptionnel pour couvrir les besoins de transport découlant de l’accident d’Urda.

Le récit avertit que l’aviation ne devrait pas absorber tous les passagers déplacés par la crise ferroviaire, que ce soit en sièges ou en prix. Certains voyageurs reviennent à la voiture. Ignasi Pietx, président de Comertia et directeur général d’Artyplan, une entreprise catalane ayant un bureau à Madrid, a déclaré que l’AVE avait perdu en fiabilité et qu’il ne lui faisait plus confiance comme avant. Il a indiqué que les usagers du train doivent prévoir plus de temps en cas de retards, que l’avion n’est pas toujours une alternative et qu’il s’est parfois rendu à Madrid par la route.

La situation a pris un nouveau tournant avec la possibilité de suspendre le corridor Barcelone-Madrid pendant quelques mois à partir de l’année prochaine pour réaliser des travaux de maintenance, comme l’a déclaré le ministre Óscar Puente lors de son intervention vendredi. L’idée a provoqué à la fois stupeur et inquiétude dans le monde de l’entreprise, selon plusieurs sources consultées.

Ignasi Sayol, président de Pimec Logística et expert en infrastructures, a déclaré que son organisation avait constaté que des entreprises choisissaient l’avion ou d’autres moyens de transport, privilégiaient les visioconférences ou regroupaient les réunions pour réduire les déplacements en train. Il a indiqué que cela montrait une perte de confiance dans un service stratégique pour la compétitivité des entreprises.

Des recherches citées dans le récit estiment que le corridor Barcelone-Madrid a augmenté l’activité économique de 2,4 % et la productivité de 1,1 % dans les provinces où il s’arrête, mesurées comme des effets moyens par rapport à un scénario sans la liaison. Les secteurs les plus favorisés comprenaient les activités à forte intensité de connaissances, les services et le tourisme, selon une étude de l’UAB, tandis que l’impact sur l’industrie manufacturière était plus modeste.

La CNMC estime que les voyageurs ont économisé 431,3 millions d’euros rien qu’en 2024 en raison de la baisse des prix des billets après la libéralisation. Le récit ne distingue pas les usagers professionnels des voyageurs de loisirs, mais il illustre l’ampleur économique d’un système qui permet davantage de déplacements à moindre coût et qui est désormais menacé.

Sayol a déclaré que les entreprises ont besoin de liaisons ferroviaires efficaces et fiables pour fonctionner normalement. Lluís Moreno, vice-président de Foment et président de la Cambra de Contractistes d’Obres de Catalunya, a soutenu qu’il ne faut pas lésiner sur l’entretien des infrastructures de transport. Le récit note que les investissements dans la grande vitesse n’ont pas suivi la croissance du nombre de passagers et que la confiance dans le service a été brisée ; la rétablir exigera plus que la remise en service des trains.

Sources: La Vanguardia.