Plus d’un mois après la fin de l’été, la sécheresse continue de toucher de vastes régions de France, la situation étant particulièrement grave dans l’ouest de la Bretagne et la région de Saint-Malo. Les précipitations ont été insuffisantes, ne laissant que peu de temps avant que les réserves d’eau locales ne soient épuisées.
Le réservoir de Beaufort, situé à environ 30 kilomètres dans les terres, est l’une des trois installations qui fournissent de l’eau potable à environ 180 000 personnes dans 42 communes, dont Saint-Malo. Son niveau est inférieur de 30 à 40 centimètres à la normale, selon Jean-Francis Richeux, président du syndicat des eaux Eau du pays de Saint-Malo. L’Ille-et-Vilaine a été placée en niveau d’alerte sécheresse maximal, au même titre que les autres départements bretons.
Quatre vagues de chaleur l’été dernier ont entraîné une hausse de la consommation d’eau pouvant atteindre 25 % certains jours, vidant les réservoirs plus rapidement que d’habitude. Lors de la visite du site, le 29 octobre, Beaufort disposait d’environ 40 jours de réserves. Si des pluies importantes n’arrivent pas d’ici début décembre, le préfet pourrait activer le plan d’urgence Orsec, qui prévoit un rationnement de l’eau potable et la suspension de certaines activités économiques.
Malgré la réputation de la Bretagne pour son climat pluvieux et sa situation côtière, la région ne peut pas compter sur les eaux souterraines. Sa géologie composée de schiste et de granite signifie que les réserves souterraines sont presque inexistantes. Environ 75 % de l’eau potable de la région provient de sources superficielles, notamment des rivières et des réservoirs, dont les niveaux dépendent directement des précipitations.
La crise actuelle rappelle la sécheresse de 2022. Richeux affirme que les périodes sèches, qui survenaient autrefois tous les 10 à 15 ans, se produisent désormais environ tous les quatre ans, l’intervalle continuant de se réduire. Il avertit que deux années sèches consécutives pourraient empêcher les réservoirs de se remplir à nouveau avant l’été suivant.
Le syndicat des eaux exhorte les usagers à limiter leur consommation aux besoins essentiels, tels que boire, cuisiner et se laver. Il teste également des systèmes à débit réduit dans certains lotissements ainsi que des méthodes de traitement des eaux usées afin qu’elles puissent éventuellement être réinjectées dans les réservoirs au lieu d’être rejetées en mer.
Certains habitants ont adopté des mesures strictes de conservation. Marie Déglepierre explique que son foyer limite sa consommation à 40 litres par personne et par jour, récupère l’eau froide en attendant que la douche chauffe et utilise un petit minuteur pour limiter la durée des douches. Le syndicat des eaux indique que la consommation a diminué de 8 % ces derniers jours, ce qui laisse penser que sa campagne produit des effets.
Cependant, plusieurs habitants estiment que l’effort n’est pas partagé équitablement. Jean-Luc Villette a critiqué la construction d’un complexe hôtelier de luxe sur la côte, qui remplacera un ancien camping municipal. Le projet devrait comprendre un hôtel doté d’installations de thalassothérapie ainsi qu’un autre hôtel quatre étoiles avec des piscines. Villette et le collectif de riverains Autour des Nielles ont contesté le projet devant la justice, notamment devant le Conseil d’État, sans succès.
La course à la voile Route du Rhum a également suscité des critiques. Son village de départ à Saint-Malo a accueilli 115 bateaux et attiré plusieurs centaines de milliers de visiteurs pendant 13 jours. Les organisateurs de l’événement ont déclaré par courriel qu’ils avaient encouragé les visiteurs à économiser l’eau et informé les exposants, les restaurants et les marins, notamment au sujet du nettoyage des bateaux.
Brigitte Flahault, du groupe écologiste local Saint-Malo, juge ces mesures insuffisantes et suggère que les événements futurs puissent limiter leur fréquentation en fonction des ressources en eau disponibles. Son collègue Marco Buzzoni estime que l’eau devrait être placée au centre de toutes les décisions publiques, alors que la région réfléchit à la manière de rester une destination touristique au cours de la prochaine décennie.
Le défi est particulièrement important pour Saint-Malo, où le tourisme représente 10 % des emplois, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques, l’Insee. La région est donc confrontée à la difficile tâche de concilier une pénurie d’eau aggravée par la sécheresse avec la poursuite du tourisme et du développement économique.
Sources: RFI.